Jour 15 – 16 janvier 2019

L’appropriation corporelle!  

Bon, ce n’est un secret pour personne – et voilà la « surprise » pour ceux et celles qui ne le savaient pas encore – j’ai un handicap physique! Et, aujourd’hui, dans le contexte des discussions sur l’appropriation corporelle, je n’ai pas d’autre choix que de m’exprimer sur ces questions.

Je trouve que c’est une richesse que de faire de « l’appropriation corporelle »! OUI, OUI! Vous avez bien lu! Selon moi ça permet de « se mettre à la place de » et de comprendre, si on est le moindrement sensible et à l’écoute, bien des choses de l’existence humaine. Ça change la face du monde quand on arrive à se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre.

Je n’ai rien contre l’idée qu’un comédien à petit nez joue Cyrano, rien contre le fait qu’une mère de famille joue le rôle d’une vieille fille! Et le reste du monde non plus, à ce que j’en ai constaté.

Le problème, selon moi, est que les personnes handicapées n’ont pas encore atteint le même niveau de banalité que celui octroyé à la grosseur d’un nez ou d’un statut familial. Si les personnes handicapées étaient déjà incluses, acceptées, accueillies et appréciées dans toutes les sphères de la société de la même manière que peut l’être une personne qui a les cheveux noirs ou qui a les yeux couleur noisette, je crois que nous n’aurions pas cette discussion!

Je souhaiterais simplement que le monde des représentations artistiques (théâtre, télé, cinéma, arts performatifs, etc.) rende mieux compte de la diversité, des richesses multiples de nos sociétés. Oui, j’aimerais déjà voir plus de personnes handicapées sur les scènes artistiques… mais tant mieux si ces « révoltes » d’appropriations culturelles et corporelles permettent d’ouvrir les horizons, de changer les propositions. J’ai moi-même souffert, à maintes reprises, d’esprits obtus qui ne parvenaient pas à sortir des sentiers battus.

  • Un metteur en scène qui, malgré une excellente audition, m’a refusée dans la distribution parce qu’il montait un Molière et qu’il manquait d’imagination pour intégrer mon fauteuil roulant dans sa production.
  • Ou, une metteuse en scène qui me dit, « Quelle qualité de jeu, quelle talentueuse comédienne tu es, mais ma pièce ne contient aucun rôle écrit pour une personne handicapée ».

Tout ça, c’est aussi une forme d’appropriation corporelle, que je nommerais plutôt « l’habitude corporelle » : puisque le rôle a toujours été tenu par un bipède on ne peut pas l’offrir à une personne à roulettes?!

Il y a bien des mentalités à changer, des esprits et de l’imagination à ouvrir, des débats à tenir, mais selon moi, ils ne sont pas du tout liés à l’appropriation culturelle ou corporelle, mais plutôt à l’ouverture culturelle et corporelle.

Que nous appelions tout ceci de la discrimination ou un manque d’imagination, je pense que nous sommes mûrs pour de vraies discussions. Selon moi, vouloir ghettoïser des pensées, des personnages, ou des histoires est une idée rétrograde. C’est enchaîner la création et minimiser la puissance sensible d’un artiste que d’empêcher un homosexuel de jouer le rôle d’un hétérosexuel, par exemple, sous prétexte qu’il ne peut pas comprendre en profondeur les désirs de son personnage (pourtant le désir est universel), ou de refuser le rôle de Juliette à une personne en fauteuil roulant (pourtant l’amour est universel), ou à un bipède le rôle d’une personne handicapée (pourtant les frustrations, les défis et les sentiments d’injustice sont universels).

Alors le débat n’est pas à savoir si une personne genrée a le droit ou non de jouer un transgenre, ou si une œuvre qui témoigne d’un fait historique devient absolument la possession du peuple qui l’a vécue… Je crois que la sensibilité de l’artiste lui permet de toucher à l’essence de bien des vérités. Alors je dis tout simplement : « Sortons des conventions, ouvrons nos cadres, ayons de l’imagination, de la vision! ». C’est ainsi que le monde parviendra à voir plus vrai, à s’éloigner des clichés et à ne plus hurler à l’appropriation culturelle et corporelle parce plus personne ne serait discriminé ou victime du manque d’imagination de l’autre.

Trouvons les moyens d’ouvrir, d’inclure, de créer et d’innover… de saluer ceux qui, par leur art ou leurs interprétations, parviennent à ouvrir nos cœurs, nos esprits et à mieux comprendre les enjeux du monde dans lequel nous vivons et ce, indépendamment de leur genre, de leur culture ou de leur corps.


En 2019, je me discipline à composer aussi souvent que possible…
bon voyage au centre de mon imaginaire!

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